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Madagascar: développement en pause

Madagascar… à part le dessin animé du même nom, que sait-on vraiment de Madagascar ? Jusqu’à la semaine dernière, je n’y connaissais pas grand chose, mais une rencontre avec une personne originaire de cette île m’a ouverte les yeux sur le potentiel mais aussi sur les problèmes auxquels cette île gigantesque situé au large de l’Afrique, en face du Mozambique fait face.

Madagascar - Source:

Madagascar – Source: Ministère des Affaires Etrangères de France

Un peu d’histoire

Madagascar était un royaume indépendant jusqu’à la colonisation français qui démarre en 1896. En 1946, l’île devient un territoire d’outre-mer, et non plus une colonie. Le processus de décolonisation se met en marche lorsque la population locale se soulève contre l’occupant en 1947, révolte violemment réprimée par les forces françaises (ces événements sont considérés comme les plus sombres de l’histoire coloniale au même titre que la guerre d’Indochine). Madagascar obtient finalement son indépendance en 1960. Mais cette liberté retrouvée n’a pas apporté beaucoup de changements sur la scène politique. Les réflexes autocratiques, hérités de l’ère coloniale, ont permis la captation du pouvoir par un seul parti jusqu’au début des années 90, alors que les premières élections démocratiques se sont tenues à la fin de l’année 1992.

Le pays a été fortement secoué par une crise politique qui s’est étendue de 2009 a 2013. Un soulèvement populaire a ainsi force le président de l’époque, Marc Ravalomanana, à fuir le pays, laissant ainsi l’armée s’emparer du pouvoir et le remettre au maire d’Antananarivo, résultant ainsi à un coup d’état. La crise a été finalement résolue par un processus de médiation conduit par la Communauté Sud Africaine pour le Développement, à la suite duquel des élections présidentielles et parlementaires se sont tenues sous l’égide de l’ONU en 2013. Les élections ont ainsi porté au pouvoir Hery Rajaonarimampianina, en place depuis 2014.

Désarroi politique et économique 

En mai dernier, l’Assemblée Nationale malgache a voté une motion de destitution à l’encontre du président. C’est le résultat du régime semi-parlementaire, qui donne un poids politique relatif a la chambre, mais aussi au manque de soutien politique fort du président (Rajaonarimampianina avait été élu bien que ne faisant partie d’aucun parti politique et n’ayant ainsi peu de soutien à l’Assemblée). La demande de destitution a tout de même refusée par la Cour Constitutionnelle, considérant la requête infondée.

Malagasy President Hery RAJAONARIMAMPIANINA Source: www.presidence.gov.mg/

Malagasy President Hery RAJAONARIMAMPIANINA
Source: http://www.presidence.gov.mg/

La situation politique de l’île reste instable malgré le retour aux pratique démocratiques. Le regain du jeu de pouvoir se fait aussi sentir alors que Marc Ravalomanana, pourtant évincé du pouvoir en 2009 refait surface a Antananarivo, appelant à l’unité nationale.

Les démons du passé sont aussi réapparus au niveau économique, bien que Madagascar était en marche vers le développement depuis le milieu des années 90 suivant la mise en place de politiques avec le FMI et la Banque Mondiale.

Aujourd’hui, environ 80% de la population vit de l’agriculture, mais la déforestation ainsi que les conditions climatiques difficiles limitent les récoltes ainsi que les revenus. L’économie nationale connait une croissance limitée à 3.2% de son PIB par an, ce qui est très peu pour un pays en développement.

Le sous-sol malgache est pourtant riche en ressources naturelles: on y trouve du pétrole, du gaz, du chrome et du nickel, ce qui pourrait offrir d’immenses opportunités économiques au pays. Mais le laxisme du gouvernement ainsi que son manque de résultats rebutent les investisseurs étrangers.

La corruption est aussi un frein pour le développement du pays: Madagascar se trouve à la 133 place (sur 174) sur l’échelle des pays les moins corrompus, une situation qui s’est détériorée depuis 2012. D’autres chiffres sont alarmants: 3 malgaches sur 4 vivent sous le seuil de pauvreté; le PIB en terme de parité de pouvoir d’achat du pays est classe 218 sur 230; le PIB a chuté de 42% depuis indépendance du pays en 1960.

Le cercle vicieux

Malheureusement, la situation dans laquelle se trouve Madagascar sera dure à échapper. Dû aux éléments énumérés précédemment, la violence, les grèves et donc inefficacité du pays ont augmenté. En conséquence, le tourisme, l’une des source principale de revenus pour l’île, a considérablement chuté: seuls 100 000 touristes ont visité Madagascar depuis le début 2015 alors que les prévisions annonçaient trois fois plus de visiteurs. Les grèves d’Air Madagascar, la compagnie nationale, sont en partie en causes, même si les revendications des employés semblent raisonnables (plus de détails ici).

La crise que traverse le pays est aussi à l’origine de plus en plus de cas de malnutrition, mais aussi de la résurgence de la peste causée par les manque d’hygiène dans certaines parties du pays, faisant de Madagascar le pays le plus affecté par cette maladie infectieuse au monde.

Le paludisme et la dengue font aussi des ravages. Des campagnes de prévention n’ont pas réussis à réduire les effets dévastateurs de ces maladies. C’est ainsi que l’on peut voir des enfants se servir de leurs moustiquaires comme filets de pêche plutôt que de s’en servir pour se protéger des moustiques.

Sortir de cette situation 

Le 22 septembre dernier, le FMI a accordé un prêt de 42 millions d’euros afin de réformer et dynamiser l’économie locale. C’est pourtant un couteau à double tranchant: d’un côté, cela pourrait permettre d’investir dans le pays, de relancer l’économie, mais cela renforce aussi le risque de ne faire que renforcer la corruption, et ainsi enfoncer le pays encore plus dans le cercle vicieux de la pauvreté.

Madagascar est dans une situation déplorable alors que le pays semble avoir mis son développement en pause. Étrangement, il semblerait que le pays, plutôt que d’aller de l’avant, en revienne aux pratiques et problèmes appartenant au passé. Le retour à la stabilité politique (bien que relative) n’a pas eu d’effets positifs sur la population. Et le bruit court que seul un putsch pourrait forcer le changement. L’histoire du pays semble démontrer que l’autoritarisme a amené plus de résultats positifs que la démocratie.

Mais la situation ne peut pas durer, et des fractions de la société civile montrent du doigt les manquements des politiques, auquel la police répond par la force au lieu de protéger la population.

flora 

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