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Hong Kong, Coquelicot et Waterloo: Prendre en compte la culture de l’autre

Cet article a été traduit de l’anglais. Cliquez ici pour voir l’article original. 

En politique, et dans la vie en général, la culture est importante. La meilleure façon de voir les différences entre les cultures et d’étudier un processus de négociation. Ce processus met en lumière la stratégie et la personnalité du négociateur, mais aussi reflète la façon dont les parties a cet négociation se perçoivent. Comprendre les coutumes, valeurs et rites, ainsi que l’histoire de l’autre est primordial. Passer outre aura sans doute de graves conséquences; aux plus aux échelons politiques, cela peut lier a une crise diplomatique, voir a une guerre si la diplomatie secrète n’arrive pas a désamorcer la situation. Comprendre l’autre augmentera au contraire les chances de parvenir a une solution positive.

Les négociations sur le sort de Hong Kong 

Mrs Thatcher and Zhao Ziyang formally agree the handover - Source: BBC News

Mrs Thatcher and Zhao Ziyang formally agree the handover – Source: BBC News

Prenons l’exemple de la Déclaration conjointe sino-britannique sur l’indépendance de Hong Kong, signée par le Royaume Uni et la Chine en 1984. Les accords scellaient le future de Hong Kong alors que le bail des Nouveaux Territoires (99 ans) au profit de Londres approchaient de leur date d’expiration (1997). Le texte officiel statuait ainsi que l’intégrité des territoires constituant Hong Kong seraient rendus a la Chine a la fin de juillet 1997. En échange, la Chine s’engageait a mettre en place son fameux arrangement politique “un pays, deux systèmes”, respectant ainsi l’économie capitaliste et autres spécificités de Hong Kong. Afin d’arriver a cet accord, les deux partis ont du prendre en compte les demandes ainsi que les techniques de négociation de l’autre. L’équipe de Margaret Thatcher a  pourtant obtenu des concessions de Deng Xiaoping en comprenant et en utilisant, avec efficacité et a leur avantage, le protocole chinois. Les britanniques ont ainsi suivi la hiérarchie chinoise, les négociateurs ont construit des relations personnelles au delà du mandat politique, qui ont fait presque oublier aux chinois les deux siècles de soumission au colon européen. Le résultat des négociations peut être considéré comme positif pour les deux partis car ils ont chacun pu protéger leurs plus cruciaux avantages: la Chine a récupéré Hong Kong, ce qui envoyait un message fort a Taiwan en vue d’une possible réunification, et la position de Deng Xiaoping en étant renforcée au niveau national; quant aux anglais ils ont pu protéger leurs intérêts économiques et assurer une transition lente et pacifique entre leur administration et celle de Pékin.

Le scandale du coquelicot 

Comme vous l’avez peut-être remarque, le Royaume-Uni et les costumes des politiciens britanniques se garnissent d’un coquelicot tous les ans a l’approche du mois de novembre. Ce symbole a été créé en souvenir des morts de la Première Guerre Mondiale et pour célébrer l’armistice du 11 Novembre. Ce symbole est tellement ancre dans la vie politique et la mémoire en outre-manche que l’ancien premier ministre Tony Blair le porte sur son portrait officiel. C’est avec ce même symbole sur la veste de costume que David Cameron s’est rendu en Chine lors d’une visite officielle en Novembre 2010.

David Cameron - wearing the poppy - inspects Chinese troops in Beijing with China's Premier Wen Jiabao

David Cameron – wearing the poppy – inspects Chinese troops in Beijing with China’s Premier Wen Jiabao – Source: The Sydney Morning Herald 

J’ai auparavant mentionné que la Chine en voulait au Royaume-Uni suite à la domination de ce dernier sur le Royaume du Milieu durant deux décennies. Les points culminants de cette domination sont appelés les Guerres d’Opium (la première qui dura de 1839 à 1842, le deuxième de 1956 à 1860), qui ont permis aux puissances étrangères (Royaume Uni et France en autres) des avantages termes de commerces mais aussi des gains territoriaux (Hong Kong par exemple). Quand l’on pense que l’opium est fabriqué à partir de pavot, dont la fleur est le coquelicot, on comprend mieux pourquoi le fait que le Premier Ministre britannique porte ce symbole lors d’une visite officielle en Chine a pu créer la controverse à Beijing.

Porter le coquelicot rouge, et le garder malgré la demande du protocole chinois pour que ce symbole soit enlevé, était un risque diplomatique et culturel important. Cameron et les quatre membres du Cabinet l’accompagnant, ont pu, après de dures négociations, garder cet emblème sur le revers de leur veste. L’importance de la visite, dont le but était d’améliorer les relations économiques entre les deux pays ainsi que de signer de nouveaux deals, on surement poussé les chinois à faire des concessions, notamment à accepter que les visiteurs portent le symbole du colonialisme d’antan. Le reste de la visite s’est ainsi déroulé comme prévu, les parties se focalisant sur les opportunités économiques. Les britanniques ont tout de même clairement énoncé leur désapprobation quant aux manquements de la Chine au niveau démocratique et des droits de l’homme, renforçant l’offense en attaquant directement le régime et ses pratiques sur leur territoire.

Les deux exemples mis en perspectives 

La visite de Cameron à Beijing (ou Pékin si l’on veut être colonial), peut-être considérée comme très condescendante. Une ancienne puissance coloniale est venue rendre visite à son ancien vassal en portant de manière ostentatoire un symbole de cette domination malgré le fait que les hôtes avaient clairement demandé à ce que celui-ci soit caché. Si l’on transpose cette situation dans le contexte des négociations sur le future de Hong Kong, Thatcher et son équipe n’auraient jamais pris la même décision. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il y avait trop en jeux à l’époque. Un faux pas diplomatique de ce genre aurait pu forcer la Grande Bretagne à rendre Hong Kong à la Chine sans rien obtenir en retour.

Dans le cas des négociations au sujet de Hong Kong, le Royaume-Uni a pris l’initiative d’initier les pourparlers avec la Chine, espérant ainsi obtenir quelques concessions malgré leur position de faiblesse vis à vis de l’autre parti. Les britanniques ont suivi les règles des chinois afin d’éviter tout incident diplomatique, ce qui a été évité. Les deux partis se sont ainsi quittés relativement satisfaits. En 2010, Cameron s’est rendu en Chine dans une position de force, sachant que les chinois seraient prêts à tout pour signer des accords économiques, même si le Royaume Uni les avaient offensés à plusieurs reprises.

Il est donc possible de croire que comprendre et prendre en compte la culture de l’autre est seulement recommandé lorsque l’on se trouve dans une situation de faiblesse, comme démontré par le fait que les chinois ont laissé Cameron porter le coquelicot; et c’est seulement un détail, un bonus, lorsque l’on se trouve dans une position de force et que le faible est prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut.

Considérations éthiques 

Mais, que doit-on faire, ou ne pas faire, afin de ne pas offenser les autres, même lorsque cette offense est liée à notre identité nationale? Et aussi, est-il acceptable que des opportunités économiques puissent justifier le non-respect de l’autre? Le profit justifie-t-il l’offense?

Un autre exemple a attiré mon attention il y a quelques mois. La Belgique voulait introduire une pièce d’euro en commémoration du bi-centenaire de la bataille de Waterloo contre Napoléon. En tant que française, j’ai trouvée l’idée très blessante. La France et la Belgique ont normalement de très bonnes relations diplomatiques, elles font toutes deux partie de l’UE, de l’OTAN, etc. La Belgique n’aurait-elle dû donc pas prendre les émotions de la France en compte lors de la présentation de ce projet à la Banque Centrale Européenne? (le projet a été refusé suite au veto français)

Si les chefs d’Etats n’hésitent pas à offenser leurs amis et partenaires, comment peut-on s’attendre à ce que les populations se respectent entre elles?

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History and Culture

Hong Kong, Poppy and Waterloo: Taking others’ culture into consideration

In politics, and in life in general, culture matters. The best way to observe cultural difference is to study a negotiation process. On one hand it showcases the strategy and the personality of the negotiator, and on the other hand, it exemplifies how parties to the negotiation perceive one another but also perceive time. Understanding others’ customs, values and rites, as well as history is crucial. Failing to understand this will most certainly lead to problems; at the highest political ranks, this can lead to diplomatic crises or even to wars if the back channels are not able to mend the offend. Successfully understanding the other will however increase the chance of a positive outcome for the discussion.

The Hong Kong negotiations 

Mrs Thatcher and Zhao Ziyang formally agree the handover - Source: BBC News

Mrs Thatcher and Zhao Ziyang formally agree the handover – Source: BBC News

Take the example of the Sino-British Joint Declaration on the Independence of Hong Kong signed by the UK and China in 1984. The accord settled the question of the future of Hong Kong, as the UK’s lease on the New Territories was due to end in 1997. The agreement stated that the entirety of the territory of Hong Kong would be returned to China by the United Kingdom at the end of July 1997. In return, the Middle Kingdom would implement its “one country, two systems” administrative arrangement, thus respecting Hong Kong’s capitalist economy and other local specificities. In order to reach such an agreement, both parties to the negotiation had to work with the other’s demands and negotiation techniques. Margaret Thatcher’s team managed to get many concessions from Deng Xiaoping’s as they managed to understand the Chinese protocol and use it to their advantage. The Brits respected the Chinese chain of command, the negotiators built personal relations which made Peking put aside their resentment that two centuries of British domination had caused. The outcomes of the negotiation were positive for both parties: China got Hong Kong back, thus sending a strong message to Taiwan and reinforcing the stature of Deng Xiaoping at the national level, while the UK managed to secure their economic interests and ensured a smooth transition from British to Chinese rule for the territory.

The Poppy Scandal

As you have probably noticed, the UK and the decision-makers’ lapels get pinned by a red poppy every year around th end of October – early November. This symbol was created in remembrance of the 11th of November, the anniversary of the World War I armistice. This symbol is so enshrined into British politics and memory that former Prime Minister Tony Blair wears this red flower in his official portrait. It is with that same poppy that David Cameron travelled to China in November 2010.

David Cameron - wearing the poppy - inspects Chinese troops in Beijing with China's Premier Wen Jiabao

David Cameron – wearing the poppy – inspects Chinese troops in Beijing with China’s Premier Wen Jiabao – Source: The Sydney Morning Herald

I mentioned earlier that China resented the UK because of two centuries of domination. The high points of this domination are referred to as the Opium Wars (the first one was in 1839-1842, the 2nd in 1956-1860 – more info here), which awarded commercial privileges and territorial gains to the foreign powers. Now, remember that opium is made from poppies. The fact that the British Prime Minister wore a poppy during a visit to China brought to the surface a strong anti-colonial and bitter taste in the Chinese’s mouths.

Wearing that poppy, and keeping it on despite the Chinese protocol clearly demanding those symbols to be put away, was a clear diplomatic and cultural risk. Cameron and four members of his Cabinet, not without negotiation, were allowed to keep the pin on. The importance of the purpose of the visit, which was to enhance the economic partnership of the two countries and sign new deals probably pushed the Chinese to make this concession. The rest of the diplomatic visit was dedicated to economic considerations, but also to making clear that China had some work to do on the democratic front, furthering the offense by directly criticizing the local political practices.

Confronting the two examples 

All in all, this visit can be regarded as very condescending. A former colonial power went to visit a former colony, and wore a symbol of this domination despite the fact that the hosts asked for this emblem to be removed. If we transpose this situation to that of the negotiation of Hong Kong, Thatcher’s government would never have made this decision. Why? For the simple reason that there was too much on the table at the time. The UK could have potentially been forced to hand back Hong Kong to the Middle Kingdom without getting anything in return if they had not played their cards right.

In the first negotiation, the UK approached China in a position of weakness and hoping go secure their interests even if the power balance was against them. They followed the lead of Peking to avoid possible offense. None was made and the two countries left the signature ceremony content. In 2010, Cameron went to China in a position of strength, aware that China was willing to negotiate economic deals even though the UK had offended them several times, by wearing the poppy but also by openly criticizing their human rights violations.

It is then possible to assume that cultural understanding is only advisable and practiced when in a weak position, as demonstrated by the Chinese’s willingness to let Cameron wear the poppy during the official visit; it then only a detail when in a position of strength, when the weak party is desperate and is willing to accept everything to secure some benefits and its vital interests.

Ethical considerations 

So, where do we draw the line? What should we do – or not do – in order to avoid offending others, even though the offense is perpetrated by our national identity? But more importantly, should economic opportunities be considered acceptable excuses to baffle others’ culture? Should business allow us to be offensive?

Another example caught my eye a few months ago. Belgium wanted to introduce euro coins commemorating the battle of their victory in Waterloo against Napoleon. Needless to say that, as a French person, I was offended by the idea. Belgium and France have good diplomatic relations, they are close economic and cultural partners, are both part of the EU, NATO, etc. So, shouldn’t have Brussels taken Paris’s feelings into account when introducing the idea to the European Bank?

If Heads of State do not hesitate to offend their friends and partners, how can we expect people to be accepting of others?

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